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HUIT APÔTRES ET LE SUCCESSEUR DE SAINT PIERRE
Samedi, sur l’esplanade des
Invalides, le successeur de saint Pierre présidait
l’eucharistie tandis que, derrière lui, se tenaient fièrement
mais silencieusement huit « Apôtres » un peu particuliers :
huit pièces d’artillerie de la série dite des Douze Apôtres
construite pour Frédéric Ier, roi de Prusse, et que Napoléon
rapporta de ses campagnes en 1806.
En ce jour de la fête de
l’Exaltation de la Croix, ces canons portent, pour une fois,
bien leur nom car tels de bons apôtres, ils nous aident à
pénétrer le sens du mystère que nous célébrons. En effet, cela
a-t-il un sens d’exalter la Croix ? N’est-il pas scandaleux de
vénérer un échafaud infâme ?
« Les chrétiens cependant
n’exaltent pas n’importe quelle croix, mais la Croix que Jésus a
sanctifiée par son sacrifice, fruit et témoignage d’un amour
immense » (Benoît XVI). De même que les bouches à feu
prussiennes aux Invalides ne sont pas le signe de l’occupation
étrangère mais un trophée glorieux, de même la Croix est le
trophée de la victoire de Jésus sur le péché et sur la mort.
En contemplant la Croix du
Christ – l’arme arrachée aux mains des puissances des ténèbres –
le chrétien médite les paroles de saint Paul « où est-elle, ô
mort, ta victoire ? où est-il, ô mort, ton aiguillon ? »
Plus encore, de même qu’on
transforme les canons pour un nouvel usage, tels ceux capturés
aux Autrichiens qui furent fondus pour bâtir la Colonne de la
Grande Armée en 1806 place Vendôme, la Croix a été fondue dans
l’Amour miséricordieux de Dieu qui en a transformé la nature. Le
sceau de malédiction est devenu le signe de l’amour indéfectible
; l’instrument du bourreau est devenu l’échelle de la vie
éternelle.
Père Gabriel Würz

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