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REPONSES A DES
QUESTIONS...
LA
RECONCILIATION
SOMMAIRE :
- Qu'est-ce que ce sacrement ?
- Qui peut recevoir ce sacrement ?
- Y a-t-il des conditions pour recevoir ce sacrement ?
- Pourquoi a-t-on besoin de se réconcilier ?
- Pourquoi faut-il se confesser à un prêtre ?
- Pourquoi est-il si difficile de se confesser ?
- Quel est le fruit du sacrement ?
- Qu'est-ce que le péché ?
- Pourquoi se confesser si on recommence après à commettre les mêmes péchés ?
- Qu'est-ce que la pénitence ?
- Puis-je pardonner ?
- Est-il évangélique de parler de loi morale ?
Les informations qui vous sont communiquées, le sont sous la
forme de réponses à des questions fréquentes. La plupart du
temps, elles sont brèves et peuvent susciter de nouvelles
interrogations. Posez-les, en nous
adressant un message.
1/ Qu'est-ce que ce sacrement ?
On le connaît plus souvent sous le nom de "confession" : la
confession correspond à une des parties du déroulement du
sacrement de la réconciliation et de la pénitence, celle où le
baptisé confesse ses péchés.
Son origine est ancienne et sa forme a varié selon les
époques.
Il est un prolongement du baptême et un exercice du pouvoir
reçu par l'Eglise de pardonner les péchés au nom du Père et du
Fils et du Saint Esprit. Le baptême enlève les péchés de celui
qui est baptisé et ouvre une vie nouvelle où le baptisé n'est
plus sous l'emprise du péché. Mais il se trouve que, même
après leur baptême, les baptisés peuvent pourtant commettre le
péché : renoncer à la foi, en période de persécution, mais
aussi commettre l'adultère, ou voler, ou tuer. Bref, autant
d'actes qui blessent l'Eglise et atteignent la dignité du
baptisé. La réconciliation dans les premiers temps était
publique et la réintégration dans la communauté s'opérait
avant Pâques. Elle a pris une forme plus individuelle. Elle a
même donné lieu à des tarifications (tel péché, telle peine de
réparation) qui ont conduit à des peines de substitution
(comme le pèlerinage qui permettait d'apurer la peine donnée,
car elle pouvait être lourde) et aussi à la pratique de
l'indulgence. La mise en œuvre du sacrement a constitué aussi
un régulateur social important.
Aujourd'hui, ce sacrement est un acte par lequel le baptisé
vient recevoir de Dieu et de l'Eglise le pardon qui, seul,
peut le réintégrer dans la plénitude de la vie baptismale. Il
est une expression de la miséricorde qui relève celui qui est
tombé ou qui s'est éloigné. La miséricorde accompagne la
totalité de la vie chrétienne : en avançant dans la vie de
disciple du Christ et sans commette de péchés graves, on
découvre cependant que l'on n'est pas toujours fidèle ou que
l'on rate la cible. Le sacrement est alors un don pour
soutenir la croissance spirituelle de la liberté dans sa vie
quotidienne, il aide à garder le cœur en éveil et à vivre
selon la grâce et non selon ses propres forces.
2/ Qui peut recevoir ce sacrement ?
Tout baptisé dont la conscience morale est formée,
c'est-à-dire qui est devenu capable de reconnaître qu'il est
le sujet de ses actes, qui se laisse instruire par la Parole
de Dieu pour la mettre en pratique, et qui identifie le bien
et le mal en distinguant l'important du moins important. C'est
ce que l'on nomme l'âge de raison.
3/ Y a-t-il des conditions pour recevoir ce sacrement ?
Comme ce sacrement soutient le mouvement spirituel de
conversion et qu'il porte sur des péchés passés, sa réception
suppose que le baptisé ne demeure pas dans une situation
objective de péché.
4/ Pourquoi a-t-on besoin de se réconcilier ?
Tout simplement pour vivre en paix et dans la reconnaissance
mutuelle. Profondément, la réconciliation vise au
rétablissement d'une communion malmenée : avec un conjoint, un
parent, un frère ou une sœur, un ami, une relation. Avec
soi-même aussi, paradoxalement, car nous sommes toujours en
procès avec nous-mêmes à propos de nos imperfections, de nos
échecs, de notre péché : la réconciliation vise à opérer
l'unité intérieure, fruit de l'action de Dieu en nous-mêmes
pour unifier notre désir spirituel.
Mais la réconciliation qui commande toutes les autres est
celle qui est probablement la moins évidente : la
réconciliation avec Dieu, parce que nous nous en détachons
constamment. Et le paradoxe, c'est que cette réconciliation,
qui appelle de notre part une démarche libre, n'a pas sa
source en nous-mêmes mais en Dieu. Saint Paul exhorte les
chrétiens en disant : "Laissez-vous réconcilier avec Dieu". La
formule est riche : laissez-vous, car vous n'osez pas ou vous
résistez à l'avance du Père portée par les apôtres, car c'est
lui qui met en vous ce mouvement de retour vers lui pour votre
vie et votre joie.
Le mépris de Dieu engendre le mépris de l'être humain : la vie
l'atteste sans cesse, et l'un nourrit l'autre jusqu'à
l'aveuglement. Mais l'on n'a jamais vu quelqu'un qui respecte
Dieu en vérité, mépriser son frère ou sa sœur. Le point de
jonction affleure dans les deux commandements repris par Jésus
en un double commandement dont chaque partie, distincte de
l'autre, lui est indissolublement liée : Ecoute Israël, tu
aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ton âme, de toute ta
force, et ton prochain comme toi-même.
5/ Pourquoi faut-il se confesser à un prêtre ?
C'est une bonne question ! Et il n'est pas rare d'entendre
dire, en effet : je me confesse directement à Dieu. Sur ce
dernier point, chaque baptisé, lorsqu'il se tient en prière,
peut utilement pendre un temps où il reconnaît devant Dieu
qu'il a péché et qu'il le regrette. D'autre part, vous
observerez aussi que chaque célébration de la messe commence
par un acte où ceux qui sont présents reconnaissent qu'ils
sont pécheurs. De même, avant la communion, chacun proclame,
le prêtre compris : "Seigneur, je ne suis pas digne de te
recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri".
Les baptisés ont normalement une conscience commune et
personnelle d'être pécheurs : le fait d'être chrétien
n'implique pas que nous n'appartenions plus à l'humanité ou
que nous ne soyons plus pécheurs. "Je suis venu appeler les
pécheurs", précisément, affirme le Christ, et l'Eglise est la
communion des pécheurs pardonnés et appelés dès à présent à
vivre selon la loi nouvelle, celle des fils et des filles
adoptifs du Père.
Mais, assez communément, l'on pense que le péché, et la
confession par conséquent, est une affaire entre l'individu et
Dieu : le mal que j'ai fait me concerne et c'est moi qui dois
directement me réconcilier avec Dieu et prendre sur moi pour
demander pardon à celui que j'ai pu blesser ou léser (à
supposer même que j'aille effectivement jusque là). C'est une
vision un peu courte en réalité. Pourquoi ? Tout simplement
parce qu'elle ne prend pas en compte une dimension
constitutive de l'être humain et, à plus forte raison, du
baptisé : le lien de nature qui unit chaque personne à toutes
les autres.
Lorsque j'accomplis le bien envers quelqu'un, par exemple une
parole d'encouragement, je sais bien sûr que le bénéficiaire
en tirera aide pour vivre mieux son existence humaine. Ce que
j'ignore, qui est invisible et qu'il est bon aussi de ne pas
percevoir, ce sont les prolongements de cet acte bon :
l'autre, ainsi réconforté, en réconfortera peut-être un autre
ou trouvera les ressources nécessaires pour bien tenir sa
place en telle ou telle situation. Vous pouvez identifier
certains liens personnels, qui constituent une chaîne de
solidarité mais qui en croisent d'autres : ils manifestent une
unité plus profonde, celle du genre humain lui-même. Plus
quelqu'un est humain, c'est-à-dire plus il accomplit le bien,
plus il contribue à la croissance de l'humanité. La lumière
donnée par la foi chrétienne met davantage en évidence cette
réalité, du fait du baptême et de la communion qu'il institue.
Mais, à l'inverse, le mal commis, délibérément bien sûr mais
aussi involontairement, détruit cette unité, même si nous ne
le percevons pas nécessairement. Et il n'est pas en notre
pouvoir de restaurer cette unité, quand bien même nous le
voudrions après avoir pris conscience de cette destruction.
Le fait de se confesser à un prêtre indique que la
réconciliation avec le Père contient une réconciliation avec
les frères et sœurs, et d'abord avec l'Eglise, et que seule la
grâce du pardon peut opérer une telle restauration. Le prêtre
agit au nom du Père, du Fils et de l'Esprit mais aussi au nom
de l'Eglise, parce qu'il en a la faculté du fait de son
ordination sacerdotale.
6/ Pourquoi est-il si difficile de se confesser ?
Le sacrement de la réconciliation et de la pénitence repose
sur une compréhension et du mystère de Dieu et du mystère de
l'homme. Ainsi, il fait entrer dans une démarche de vérité :
personne n'aime reconnaître ses déficiences et la part d'ombre
de son être. Reconnaître son péché, et l'avouer simplement,
sans chercher des excuses ou des justifications, qui peuvent
exister, c'est reconnaître ce que l'on est et ce que l'on a
fait.
Mais, cet acte représente aussi un premier pas vers une
libération de notre liberté intérieure : nous ne sommes plus
enfermés en nous-mêmes, avec le remords ou le sentiment de
culpabilité, qui fait que l'être humain se reproche ses
manquements, en minimise ou en exagère la gravité, qu'il
tourne en lui-même. Dans les actes que nous posons, parfois
sans même y penser, nous engageons notre responsabilité. Nous
n'échappons pas à cette réalité humaine : la foi chrétienne
jette une lumière vive pour dégager la route.
Pourquoi ne pas avoir recours au psychothérapeute, alors ? Il
peut être utile, mais son champ d'attention ne saisit pas
forcément la dimension spirituelle de la personne, et ce n'est
du reste pas toujours indispensable au travail qu'il aide le
patient à faire. Connaissant certains mécanismes
psychologiques et doué d'empathie, il peut faciliter la
reprise de la capacité de se situer et d'agir. Mais il n'a pas
de pardon à donner, tout au plus peut-il suggérer à quelqu'un
qu'il y aurait probablement un pardon à accorder ou à recevoir
pour reprendre pleine liberté. Et il doit malgré tout être
suffisamment averti pour aider la personne à ne pas s'enfermer
en elle ou en son histoire, si douloureuse qu'elle puisse
être.
Un autre aspect qui rend difficile la confession, c'est que le
prêtre se trouve être celui qui rappelle la loi de vie et qui
accorde le pardon à celui qui l'enfreint et s'en repent. Mais,
c'est une vue trop imprécise, car le prêtre n'est pas celui
qui édicte la loi : tout comme le baptisé, il la reçoit de
Dieu lui-même. Mais il est vrai que la charge symbolique,
comme on dit en psychologie, est très forte : le prêtre
apparaît comme celui qui juge, au sens de celui qui condamne.
Et comme la honte accompagne le péché, la démarche est
humainement difficile à entreprendre.
Pour résumer la situation : le baptisé n'est jamais seul face
à la loi, parce que celle-ci lui est donnée par Dieu pour
qu'il aille à Dieu. C'est souvent ce lien vital qui est oublié
dans la pratique. Cet oubli entraîne un accroissement du
sentiment de culpabilité, parce que le rapport à la loi,
fondateur de toute liberté humaine, est ici absolutisé du fait
que la loi est donnée par Dieu mais qu'on laisse de côté celui
qui la donne : tout est alors possible, y compris le
découragement et le rejet de la loi.
Il est probable qu'une certaine manière de comprendre le
rapport de l'homme à la loi divine dans les siècles précédents
a contribué à faire peser sur les épaules des baptisés un
poids peu supportable. De ce fait, la perception du mystère de
Dieu a été obscurcie et la confession progressivement
abandonnée. Mais, du coup, comme par un mouvement de
balancier, on a jeté le bébé avec l'eau du bain. Le phrase à
la mode dans le domaine qui nous occupe, c'est : "Ne
culpabilise pas". Seulement, le problème, c'est qu'on répond
ainsi à un sentiment de culpabilité excessif, non à la
véritable question de la responsabilité morale de chacun.
A ce rythme, si la personne n'apprend pas à reconnaître avec
justesse sa part de responsabilité, elle ne pourra pas assumer
sa culpabilité morale que l'on confond souvent avec
l'affectivité (si je reconnais que j'ai mal fait, je vais être
rejeté et je suis perdu). Mais aussi, il lui sera difficile
d'être un jour vraiment libre, c'est-à-dire capable de poser
des actes bons propres à la faire grandir en humanité et à
contribuer à la croissance de l'humanité tout entière.
L'exacerbation du sentiment de culpabilité représente une
maladie du sens moral de l'être humain, et il est donc
nécessaire de la traiter. Mais il s'agit d'une maladie, qui
atteint donc un organe vital, qui pourrait être le sens de la
culpabilité corollaire de celui de la responsabilité
caractéristique de la liberté humaine. Ce sens de la
culpabilité va de pair avec le sens de l'autre, mais l'un
comme l'autre doivent être éduqués. Ils sont les garants de la
justice humaine. De la même manière, le sens du péché va de
pair avec le sens de Dieu. Et l'un comme l'autre doivent être
éduqués aussi.
Nous parlons, au fond, de santé morale et de santé
spirituelle.
7/ Quel est le fruit du sacrement ?
Le renouvellement de la grâce baptismale, l'affermissement de
notre consentement à la volonté bonne du Père, la croissance
de notre personne dans la foi, l'espérance et la charité.
8/ Qu'est-ce que le péché ?
Nombreux sont ceux qui trouvent qu'on parle beaucoup de péché
dans la religion chrétienne. D'autres estiment qu'on n'en
parle pas assez. Tout cela, apparemment contradictoire, n'est
pas inexact ! Une fois encore, il semble que l'on oscille
entre deux extrêmes au lieu de tenir ensemble deux réalités
indissociables.
Et d'abord : le péché n'est pas ce qui apparaît d'abord à la
conscience de l'homme. Il l'ignore tant que quelqu'un ne le
lui a pas révélé. Eh oui ! Notez bien que c'est la même chose
pour la faute morale : tant que personne ne m'a indiqué que
tel acte est mauvais, je le ferai innocemment, sans savoir que
je peux en pâtir.
Qui donc m'indique que tel acte est mauvais alors que je le
suppose spontanément "bon" pour moi ou désirable ? Ce sont les
parents qui éduquent ainsi l'enfant ignorant, mais en danger
de se blesser ou de blesser autrui, physiquement ou
moralement. L'enfant qui n'est pas éduqué sera désarmé face à
l'existence : supposez que vous le laissiez faire ce qu'il
veut, dans le jaillissement spontané de sa jeune et si belle
existence, supposez que vous lui laissiez entendre que tout le
monde est gentil et qu'il faut s'aimer les uns les autres et
que ce n'est pas bien d'avoir peur, et imaginez comment il va
se débrouiller lorsqu'il quittera le cocon familial. Détresse,
incertitude, révolte ou violence ne manqueront pas d'habiter
le cœur de cet enfant ignorant de la vie et de ses dangers.
Cela nous le percevons assez bien, même si nous avons parfois
des compte à régler avec l'éducation reçue et ceux qui nous
ont éduqués.
Mais ce que nous découvrons, c'est que Dieu lui même agit
ainsi avec l'homme. C'est en donnant sa loi de vie aux fils
d'Israël que Dieu leur indique le chemin de leur liberté. En
même temps, ils doivent apprendre en quoi consiste cette
liberté et, pour cela, accorder leur pleine confiance à la
parole de Dieu lui-même, au-delà de ce qu'ils peuvent sentir
ou comprendre. Car leur liberté tient à Dieu lui-même qui les
faits tels. Nous savons peut-être les péripéties des Hébreux,
ce peuple "à la nuque raide" que Moïse et les Prophètes ont
bien du mal à maintenir fidèle au Dieu unique et à sa Parole :
je t'indique aujourd'hui le chemin qui conduit à la vie et
celui qui conduit à la mort, choisis la vie.
Le péché, manifesté par Dieu, est tout acte qui représente un
refus de vivre selon la Parole divine, et il est synonyme de
mort parce qu'il est refus de la vie donnée par Dieu. Un
épisode éclairant est donné par l'histoire de David et la
femme de Urie le Hittite (voir 2ème livre de Samuel 11, 1 -
12, 15 et le psaume 50 (51)) : tant que le prophète ne sera
pas venu ouvrir les yeux de David en lui racontant une petite
parabole, claire comme de l'eau de source, celui-ci
s'enfermera dans une succession d'actes qui aboutiront au
meurtre. La convoitise du départ entraîne David à perdre le
sens et à pécher contre Dieu lui-même en faisant ce qui est
mal à ses yeux (il prend la femme et tue le mari). Pour
désagréable qu'elle est, la parole de Nathan libère David des
liens mortifères du péché.
La révélation du péché est proprement la première
manifestation de la miséricorde, et accepter de pouvoir nommer
son péché représente la première étape da la libération de la
personne. Et, à dire vrai, ce n'est pas du tout comme cela que
nous éprouvons les choses : apparaissent en nous, comme une
peur de nous reconnaître pécheur et comme une sourde
détermination à persévérer dans ce qui nous éloigne de Dieu et
du coup nous fait du mal. Et pourtant, Dieu agit à la manière
de parents qui indiquent à un enfant que mettre ses doigts
dans une prise de courant est mortel ou que jouer avec le feu
est très dangereux. Et dans ces circonstances, le réflexe des
parents n'est pas de dire benoîtement : il faut bien qu'il
fasse son expérience, car il est des actes dont les
conséquences ne laissent pas la place à une deuxième chance.
Notre difficulté pourrait bien tenir à ce que le péché désigne
une réalité invisible en sa nature profonde : autant nous
pouvons percevoir que nous lésons quelqu'un de proche, autant
nous avons du mal à saisir que nous puissions offenser Dieu
puisque nous ne le voyons pas, puisque, peut-être finalement,
il est pour nous une idée ou un principe abstrait seulement
commode pour asseoir l'autorité de la loi morale. Et c'est
bien ainsi qu'il a fini parfois par être compris, comme un
utile soutien de la cohésion sociale : une manière de
comprendre le catholicisme a été dans ce sens, l'effet social
devenant l'unique raison d'être de la religion.
Mais il semble qu'il y ait aussi une autre explication à ce
refus de se reconnaître pécheur. Elle tient à la forme même de
l'éducation, et nous ne pouvons en faire l'économie.
L'apprentissage de la loi morale, comme l'apprentissage de la
loi divine, s'opère humainement. L'affectivité y est grande et
parfois blessée : la personnalité et la manière de faire des
parents , le tempérament de l'enfant, les convenances
sociales. La peur de déplaire ou d'être abandonné,
l'arbitraire ou la dureté, le chantage affectif ou la
défiance, l'absence de miséricorde aussi : autant de réalités,
fruits du péché déjà à l'œuvre, qui viennent souvent obscurcir
la croissance de la liberté.. L'égoïsme ou le narcissisme,
naturels ou originels, imposent parfois des paroles ou des
mesures vigoureuses pour en libérer la personne : et l'on sait
que les blessures d'amour propre, aux causes parfois minimes,
sont celles qui s'infectent le plus.
Bref, il faut bien la grâce divine pour libérer ainsi l'homme
de ce qui l'entrave dans sa marche vers Dieu.
9/ Pourquoi se confesser si on recommence après à commettre
les mêmes péchés ?
C'est vrai, après tout, et n'est-ce pas un peu facile de venir
se confesser de temps en temps pour repartir après comme s'il
n'y avait rien eu avant ? Pour la deuxième remarque : si c'est
si facile, pourquoi hésiter ?
Plus sérieusement. Quand on reçoit le sacrement de la
réconciliation et de la pénitence, on s'aperçoit vite, en
effet, que nos faiblesses varient très peu. Dans une certaine
mesure, on considère alors que le sacrement ne sert pas à
grand chose, puisque l'on ne s'améliore pas.
Je formule ici l'hypothèse que le sacrement n'a pas pour
objectif premier de nous permettre d'être meilleur, de nous
améliorer, de nous donner le petit plus qui nous aiderait à
nous apprécier favorablement. Pourquoi ? Tout simplement parce
que c'est tourner sur soi-même et non pas se retourner vers
Dieu. Or, le sacrement vise à nous affermir dans notre marche
vers lui et non pas à sculpter notre statue sans faille, ni
défaut ni imperfections.
Le propre du péché réside dans le mouvement de la créature qui
se tourne vers elle, qui se fait centre, qui s'abîme en elle
et ne trouve toujours qu'elle-même. L'attitude que suppose,
favorise et développe le sacrement de réconciliation est
l'attitude inverse. La créature ne peut que gagner à
reconnaître qui elle est, sinon elle s'épuise. Avoir recours
au sacrement de la réconciliation et de la pénitence, c'est
éduquer en soi-même la juste attitude spirituelle à s'en
remettre au Père avec toujours plus de foi et d'abandon, c'est
consentir à vivre de la vie même du Père, comme un fils ou une
fille adoptif.
Il est certain que l'amour propre est éprouvé lorsque la
personne découvre qu'elle n'est pas parfaite, et même qu'elle
paraît faire du sur place : l'humilité grandit ainsi, par
beaucoup d'humiliations a-t-on dit. Les péchés, qui ne sont
pas nécessairement de grands péchés, deviennent autant
d'occasion de se retourner vers le Père, d'affermir la volonté
dans sa détermination à aimer comme le Fils unique a aimé et
aime, d'accueillir les dons de l'Esprit Saint.
La connaissance que l'on reçoit ainsi est un don de Dieu, et
doit être reçue comme telle, sinon elle devient une arme entre
les mains de la personne qui se juge alors et se condamne.
Reçue comme telle, elle indique l'espace où s'inscrivent la
réponse personnelle à l'amour divin, le chemin de croissance
dans la vie trinitaire, l'élan assuré de l'activité
quotidienne du baptisé.
Mais il faudrait aussi que l'action de grâce précède et suive
la confession des péchés, car le péché n'est jamais premier.
Ce qui est premier, c'est le don de l'existence et de la
liberté, c'est, au fond, le fait d'être créé, d'être attiré
par le Père vers le Fils et conduit par le Fils vers le Père
dans l'Esprit Saint.
10/ Qu'est-ce que la pénitence ?
Nous avons parfois de curieuses pensées : être en pénitence ou
faire pénitence sont deux expressions qui rappellent de
mauvais souvenirs ou qui heurtent notre idée moderne de
l'existence. Du coup, le mot pénitence accolé à celui de
réconciliation semble incongru ou contradictoire.
Faire pénitence constitue en réalité une grâce !
C'est la manière par laquelle je vais porter, librement et
pour une part forcément modeste, quelque chose de la peine ou
du désagrément entraîné par mon péché, et coopérer à l'œuvre
de restauration acquise par le Christ en sa passion. La
pénitence que donne le prêtre est sans commune mesure avec le
péché commis et remis (la plupart du temps, elle consiste en
une prière ou un acte de charité concret) : c'est que, dans la
foi, je sais et reconnais que de toute façon je ne peux pas
réparer ce que j'ai brisé, que c'est le Christ qui opère la
réconciliation, que c'est la puissance du Père qui opère la
communion, que c'est l'Esprit Saint qui transfigure ce qui a
été défiguré.
La pénitence habite aussi la vie chrétienne habituelle, pour
autant qu'on la comprenne bien comme une manière libre de
s'unir à l'action divine. Le don de la vie chrétienne ne nous
est pas venu sans la passion et la mort du Christ, et le
baptême nous unit à sa puissance rédemptrice. On n'est pas
obligé de s'infliger des pénitences à n'en plus finir et avec
une ingéniosité maladive, comme si le sacrifice du Christ
n'était pas efficace, mais on peut choisir de s'unir à lui au
cœur de ce que l'existence nous réserve comme contrariétés,
humiliations, déceptions.
11/ Puis-je pardonner ?
La vie courante manifeste que le pardon, tout comme la
confiance, constitue une réalité vitale : l'existence serait
vite invivable si chacun comptabilisait toutes les offenses
subies et les faisait payer jusqu'au dernier centime. Personne
n'échapperait à la vindicte de ses semblables. La mesquinerie
existe et elle pollue les relations, mais, inexplicablement,
elle n'a pas le dernier mot, pas plus que la violence.
Cela rappelé, il est des situations où le pardon requiert plus
de détermination et d'énergie spirituelles parce que l'offense
est grave et ses effets lourds, et parfois durables. Il n'est
pas rare, dans ces cas, que l'impossibilité de pardonner
engendre une sorte de culpabilité qui vient ajouter au poids
déjà conséquent des effets du mal subi. Le Notre Père devient
difficile à prier : Pardonne-nous comme nous pardonnons.
Je crois qu'il est précieux de distinguer ici entre le refus
de pardonner, qui engage la volonté déterminée de la personne,
et l'impossibilité actuelle de pardonner. Car dans ce second
cas, l'impossibilité naît du désir ou de la volonté de
pardonner, parce que le Christ indique cette voie et que l'on
perçoit bien que seul cet acte, au-dessus des forces humaines,
restaurerait la personne blessée dans son intégrité morale et
lui rendrait la paix et le goût de l'existence. Et l'on touche
comme du doigt la profondeur des dégâts que peut causer l'être
humain à son semblable.
Une telle impossibilité, douloureuse, conduit à découvrir en
même temps la nécessité de demander à Dieu la force de pouvoir
pardonner, le moment venu, à découvrir que seule sa puissance
communiquée peut traverser le mal et ses conséquences pour
ouvrir un chemin de réconciliation. Cette prière, humble,
désarme la violence intérieure, et permet d'accepter de guérir
lentement en se laissant guider par le Christ et l'Eglise.
On pourrait aussi évoquer la question dans l'autre sens :
Puis-je être pardonné ? Car, parfois, le sentiment de honte
est tel, et la suffocation intérieure si oppressante, que l'on
n'ose pas penser un seul instant être reconnu comme à nouveau
par-delà le mal commis. Accepter d'être pardonné, c'est
reconnaître le tort fait et se livrer à la merci de celui que
l'on a ainsi défiguré.
On peut pressentir ce que peut signifier le pardon demandé à
Dieu, qui suppose d'accueillir déjà la révélation de notre
inconstance, de notre désinvolture, de notre mépris. C'est
pourquoi il n'est pas déplacé de demander à Dieu la grâce de
pouvoir nous reconnaître pécheur, dans la lumière de sa parole
de miséricorde : Cet homme, c'est toi ! Car, comme le
déclarait une jeune femme qui percevait bien la place du
pardon dans la vie conjugale, pour le comprendre dans la
relation avec Dieu, cela suppose que Dieu soit "quelqu'un" et
pas une idée.
12/ Est-il évangélique de parler de loi morale?
Oui, à certaines conditions dont la principale est de ne pas
absolutiser la loi et de la lier exactement à la liberté : loi
pour la liberté, qui devient loi de la liberté. Le Christ
l'incarne en sa personne, et elle se décline toujours en forme
de commandements. Certes, la formulation négative de ses
préceptes ne dit pas le dernier mot sur l'agir humain, mais
elle précise au moins les limites en-deçà desquelles l'agir
n'est plus digne de l'homme et de sa destinée. Elle constitue
un précieux indicateur en situation de crise, lorsque la nuit
et le brouillard brident l'élan de la liberté.
C'est sur ce fond que surgit l'appel évangélique, qui conduit
au centre de ce que la loi protège contre les assauts de la
convoitise : l'amour du prochain à cause de son Créateur. On
le perçoit dans le passage de la règle première à la fameuse
règle d'or : du "ce que tu ne veux pas que ton prochain te
fasse, ne le lui fais pas" au "ce que tu veux que ton prochain
fasse pour toi, fais-le pour lui".
Et j'oserais même dire que la loi est vitale pour que l'être
humain devienne ce qu'il est : son respect permet d'échapper
au chantage affectif de l'autre ou sur l'autre, qui
caractérise trop les relations humaines aujourd'hui, au mépris
de toute justice élémentaire. La fragilité psychologique des
individus tient en partie à cette éclipse de la loi morale,
rejetée au nom d'un ordre moral supposé tyrannique.
L'objectivité qu'elle pose guide la construction de la
conscience personnelle libre et de sa capacité à agir en vue
d'une fin qui s'inscrit dans la perspective du bien commun.
Elle permet aussi de comprendre et d'assumer l'existence
humaine, caractérisée par un combat à mener pour le bien et la
vérité.
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